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Penser à sourire, se tenir bien droite, aller vers les autres, ne pas oublier ses cartes de visite, son appareil photo chargé, et puis la bouteille d’eau aussi, prendre des notes, saluer mes contacts, repenser à ce qu’on a préparé pour l’intervention, montrer qu’on est plus qu’une blogueuse et qu’on a du bagage, ne pas se toucher les yeux ce qui ferait couler l’eye-liner, essayer de dire quelque chose de drôle qui fasse sourire le public… etc.

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Ça, c’était lundi. Lundi 7 décembre 2015. Le jour de ma première intervention en public, en tant que blogueuse mode spécialiste de mode responsable. Ce lundi, nous nous sommes tous réunis pour parler du changement climatique, et surtout de l’impact de la mode sur l’environnement, le climat, la biodiversité… Je vous dis pas comment j’ai eu les pétoches. J’étais pas fière au moment M, quand Hélène s’est adressée à moi devant tous ces gens pour me poser sa première question (et pour les autres aussi d’ailleurs).

-« En tant que blogueuse mode responsable, qu’as-tu remarqué par rapport à tes lecteurs, leur sensibilité sur les enjeux de la mode aujourd’hui ? » (à peu près, hein)

-(et là j’ai entendu ma voix dans le micro, que je n’ai pas du tout reconnue, genre une voix d’adulte qui aurait pris de l’hélium, ou à qui on aurait greffé les cordes vocales d’un bébé) « Alors, beuh, ah, euh, mais, ahem, » (même préparée c’était inévitable) et puis j’ai à peu près dit « En fait, il y a eu un grand essor du made in France, qui a pris la place sur d’autres préoccupations de la mode responsable, d’autant plus qu’on sait que le made in France a aussi ses zones d’ombres ; enfin, on avait dit qu’on serait positifs, mais c’est vrai que de ce que je vois de mes lecteurs, leurs préoccupations sont plus ‘égoistes’, même si ça n’est pas négatif, c’est-à-dire qu’ils sont plus sensibles au made in France, au côté chauvin de la chose, ou alors à leur santé, par rapport aux produits chimiques, mais pour ce qui est de l’éthique, de se représenter qui travaille dans l’usine à l’autre bout du monde, d’imaginer combien d’eau consomme la culture du coton, c’est pas encore ça. » Et tant qu’à faire, vu qu’ici j’ai l’esprit reposé et personne qui me scrute quand je parle j’écris, voici ce que j’aurais dû rajouter si je ne l’avais pas un peu oublié avec le stress : « Pourtant, alors qu’on était que deux avec Samia de Wa-Off à parler régulièrement de mode responsable quand j’ai lancé le blog, aujourd’hui on frôle la dizaine de blogueuses, donc l’intérêt est croissant et les lecteurs ont de quoi trouver des réponses à leurs questions, quand il s’agit de questionner leurs vêtements. »

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Hélène Sarfati-Leduc (animatrice) – IFTH – Gémo – (…MHV !) – Picture Organic

 

(En fait, la deuxième question était à peu près la même, donc je vous ai tout condensé au-dessus en une seule.)

-« Et si tu avais des bonnes pratiques à transmettre, lesquelles seraient-elles ? »

-(bon là je ne crois pas avoir ‘ahemé’ cette fois) « Alors, pour y répondre, je vais remonter un peu dans le temps. Dans les années 30, la classe bourgeoise était celle qui avait le plus de vêtements, tandis que la classe populaire portait toujours les mêmes vêtements, rapiécés, qu’on se transmettait même de générations en générations. Avec l’envol du prêt-à-porter, des synthétiques, et de la fast fashion, aujourd’hui, la tendance s’est inversée. La classe bourgeoise, ça ne se dit plus aujourd’hui, mais vous voyez ce que je veux dire (et là je crois que j’ai eu mon petit tremblement d’épaule accompagnés de bruits de souris = les rires dans le public), eh bien, a tendance à consommer moins, et à préférer la qualité à la quantité, tandis que les populations moins aisées consomment en masse la fast fashion. En fait, c’est proche du mouvement que vous connaissez sans doute du ‘zéro déchet’, aujourd’hui on voit se développer une forme de minimalisme, l’idée c’est de faire du tri dans sa penderie pour ne garder que des essentiels, des choses qui nous vont bien, et de se débarrasser du reste, pour désencombrer ses placards. Si le recyclage est le maître-mot de cette conférence depuis ce matin, je crois aussi que l’on se dirige vers une baisse de consommation de la mode, c’est inévitable, ça c’est la mode de demain et du futur. (et un deux petits chiffres dont je voulais parler : vous le savez tous, entre 1/3 et 1/4 de notre penderie est inutilisée, auquel il faut ajouter chaque année 15% de la production textile neuve qui termine en déchet de coupe, et les rouleaux non utilisés qui sont brûlés ! Il y a donc beaucoup à faire encore.)

Et puis une question du public à laquelle tout le monde a fait la moue pour répondre :

-Il n’y aurait pas un paradoxe entre aller vers la baisse de consommation de mode et continuer de pousser à la consommation dans le même système que celui dans lequel nous sommes, même différemment ?

-« Je pense que c’est une différence de point de vue principalement. Du point de vue d’un distributeur, d’une marque, il faudra toujours continuer de produire, mais du point de vue d’un consommateur, moins consommer c’est possible. De toute façon, on aura toujours besoin d’acheter de nouveaux vêtements, pour remplacer un qui serait troué, abîmé, bref… mais le système mode doit évoluer dans le sens d’une production plus responsable pour que tout le monde s’y retrouve et que de toute façon la baisse de consommation est ce vers quoi on tend. Je pense pas que ça soit antithétique, mais plutôt une différence de point de vue. » (bon en fait, je vous la refait en bref, à côté de moi, une représentante de chez Gémo, qui nous présentait son action ‘éco-efficace’ d’avoir réduit la consommation énergétique de leur magasin, c’est bien mais sans vouloir être mauvaise langue, le but premier était surtout de réduire la facture, plutôt que de penser à la planète, et c’est assez insuffisant par rapport aux moyens de cette entreprise… mais ça je me le permets ici, mais je n’aurais pas osé sur le moment :p ).

Bon, en vrai, il y a eu pas mal de ‘euh’ (mince ce mot a disparu de mon cerveau), de phrases non terminées, de moulins avec les mains (qui a dit que je parlais avec les mains ?!), et puis cette petite voix qui ne ressemble pas du tout à ma voix normale, celle qui a pris ma place pour parler dans le micro. Bref, c’était quand même une super expérience, j’ai rencontré plein de gens chouettes, j’ai osé saluer Corinne Lepage, dit des choses qui ont intéressé, sur lesquelles j’ai eu des retours, et puis oh zut, c’était ma première fois, vous me laisserez bien le bénéfice de la débutante ! 🙂 Mieux vaut en rigoler, même si je passerai sur les vidéos de mes moulins à main et ma petite voix que l’amoureux a filmées. Assez parlé de moi !

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Crédit photo : Luc Valigny
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Crédit photo : Luc Valigny

Ce que j’ai retenu de ce lundi 7 décembre

Comme dit plus tôt, le mot-clef de cette journée, c’était le recyclage. Le recyclage, dans le textile, existe sous plein de formes :

-Au début de la chaîne, dans les usines de découpe = recyclage des chutes, des rouleaux et fins de rouleaux non utilisés.

-Le recyclage standard, après qu’on ai déposé le vêtement dans la benne de tri = une part des vêtements sont revendus dans nos boutiques de seconde-main, ou sur des marchés en Afrique, une autre part est déchiquetée et transformée en laine isolante pour la construction, et la dernière part est encore incinérée ou enfouie.

-Le recyclage des fibres = on le fait déjà depuis longtemps avec les pulls et les bonnets de laine, on les détricote, on les trie par couleur et épaisseur de fil, et hop, c’est parti pour la machine à tricoter en nouveaux pulls. Sinon, maintenant, des entreprises françaises développent des procédés de recyclage des fibres issues du tissage (tissage = chaîne et trame, ex : jeans, draps, coton tissés ≠ jersey = tricot, ex : pulls, chaussettes, t-shirts), plus difficile à mettre au point, mais super intéressant ! Les fibres recyclées sont de supers garanties si vous voyez ça sur une étiquette de compo, souvent, le vêtement sera un peu plus rêche, mais aussi plus solide, souffrant beaucoup moins de boulochage pour les pulls, et comme il n’est ni re-blanchit, ni re-teinté, c’est une fibre beaucoup plus écologique que n’importe quelle fibre nouvellement produite.

-Le recyclage créatif = ce sont des créateurs qui réutilisent de vieux vêtements pour en refaire de nouveaux !

Mais en plus de ça, une autre notion, sur laquelle on a pas assez insisté, c’est plutôt que d’essayer de recycler l’existant, imaginer des vêtements originellement biodégradables. C’est ce sur quoi la marque Freitag a travaillé, vous connaissez tous la marque de sacs en toiles recyclées, et bien, ils ont lancé une gamme de vêtements biodégradables. Du coup, pour compléter ce qui a été dit lundi, je suis allée faire un tour sur le site, qui explique de façon hyper transparente la façon dont a été pensée cette ligne de vêtements, et que je trouve assez géniale.

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Qui dit fibres biodégradables, dit fibres naturelles. Pour un jean standard, on utilise souvent un mélange de coton élasthanne, mais pas Freitag. Plutôt que d’utiliser des matières qui viennent de loin, on trouve dans leurs jeans, du lin et du chanvre, des textiles qui poussent super bien en France, et qui sont transformés en Italie. Mais pour que ça soit 100% biodégradable, il faut aussi penser à tous ces petits éléments qui font un jean. Les rivets, les boutons, la braguette… Chez Freitag, du coup, pas de braguette zippée, tout les éléments en métal sont amovibles (pour le jour où vous le mettrez dans votre compost, au milieu des peaux de bananes et du marc de café équitable), donc une belle braguette à boutonnière, même sur le modèle femme. Eh ben, leur collection est franchement canon !

Parce que, comme ça a été très bien dit ce jour-là : « Dans le monde du vivant, il n’y a pas de déchets, il n’y a que des ressources. Seul l’homme produit des déchets. »

Autre point important, vous, là, de l’autre côté de l’écran, vous saviez que la moitié de l’impact environnemental de votre t-shirt concerne l’entretien que vous en faites ? Plus de la moitié ! On a beau dire que la production de coton est un désastre, que les étapes de blanchiment, teintures, apprêts sont crados, compter les kilomètres parcourus par ce même t-shirt, et puis tout ce qu’on vient de dire sur sa fin de vie, s’il est incinéré par exemple, et bien tout ça, ça n’occupe que la moitié du cycle de vie d’un t-shirt ! Puisque l’autre moitié, se fait dans votre machine à laver, dans votre lavage à sec au pressing, dans votre détergent, dans votre repassage, dans votre assouplissant, dans votre sèche-linge, dans votre fréquence de lavage !

Peut-être savez-vous que les puristes du jean ne les lavent pas. Ou que les propriétés anti-bactériennes du tencel/lyocell vous permettraient de porter un sous-vêtement plus d’une fois avant d’être déclaré comme sale. Ou que vous pouvez laver une tâche sans laver un vêtement entier. Que certaines fibres permettent de ne pas être repassées, ou très peu, comme encore le tencel ou le modal (ou les viscoses en général, mais elles ne sont pas écologiques celles-là les cocos). Que vous pouvez trouver un détergent biodégradable et vous passer d’assouplissant avec un peu de vinaigre aromatisé aux huiles essentielles. Éviter le séchage machine. Et puis, quand nécessaire, trouver un pressing écologique. Si, si, tout ça, vous le savez, j’en suis sûre ! 😉

On a parlé aussi des matières textiles. Une question est revenue plusieurs fois, quelle seraient la matière écologique a privilégier ? Plusieurs réponses intéressantes : ça dépend de l’usage que l’on destine au produit, de sa potentielle durée de vie, solidité requise ou non. Il est ressorti qu’il était presque impossible de classer les fibres en fonction de leurs propriétés écologiques. Ouais, il n’y a pas de fibre idéale, mais si on doit en choisir une, je dirais que la fibre idéale est une fibre locale. Et comme le coton ne pousse pas en France…

Parenthèse sarcastique, j’ai bien rigolé quand un intervenant à parlé de nos vêtements envoyés dans les pays d’Afrique, l’idée était de dire que nos déchets à nous sont de nouveaux vêtements pour eux, mais qu’un jour ils seront aussi des déchets pour eux, mais heureusement, le textile a un haut pouvoir calorifique lors de l’incinération. Non seulement on leur refile nos déchets, mais bientôt, on pourra leur vendre des incinérateurs. Et puis aussi quand on a parlé de placer des puces RFID (celle qu’on trouve sur les CDs, des circuits en métal de forme carrée, comme des petits labyrinthes) sur les vêtements pour pouvoir améliorer leur tri. Ah bon ? Mais si l’étiquette me gratte et que je la coupe ? Ça tient au lavage ? Et ces puces sont en cuivre, et nous sommes bientôt en pénurie ?! Et vous allez recycler des puces ? Comment ? En coupant toutes les étiquettes à la main une fois les vêtements triés ? En les décollant patiemment ? Ne me faites pas rire. Heureusement, ils n’étaient pas nombreux sur ce registre !

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La grande majorité des intervenants étaient très intéressants, et je finirais par parler de l’introduction de cette journée (logique la fille), où l’on a vu Jean Jouzel, climatologue et prix Nobel de la paix en 2007, un homme pas tout jeune, qui en sait un paquet, qui sait ce qu’on a fait à la planète (90% du réchauffement est dû à l’activité humaine les cocos !), et bien lui, il est optimiste, et il est convaincu qu’on peut encore changer les choses ! Et que la mode aussi peut changer pour le climat ! Merci à lui !

Et un grand merci aux organisatrices de m’avoir permis de participer activement à cet événement et à bientôt pour de nouvelles aventures ! On va bientôt parler sur le blog d’un autre sujet mode, vous allez adorer. 😉

Des bisous ♥︎